1/ Mai 68 contre les Gilets Jaunes
Ils sont nombreux à comparer le mouvement social actuel avec Mai 68. C’est vendeur, vu que ça fait pile 50 ans, tout ça, tout ça…
Pourtant, cette comparaison semble forcée. Et les Gilets Jaunes eux-mêmes ne se revendiquent pas de leurs aînés. Pourtant, les accords de Grenelle furent une énorme victoire sociale. 30% d’augmentation du SMIG, c’est autre chose que ces 100 Euros de plus pour les smicards, une augmentation qui faisait de toutes façons partie du programme de M.Macron…
Seulement, le mouvement de Mai 68 n’a pas résisté à l’épreuve de l’Histoire. Les médias n’ont que très peu parlé des tentatives agricoles dans le Larzac qui ont donné naissance à l’agriculture Bio. Les hippies ont été moqués dans la culture populaire.
La figure de proue du mouvement étudiant s’est embourgeoisée au point de devenir macroniste et de critiquer les Gilets Jaunes depuis le début du mouvement (1). Les GIlets Jaunes n’ont que faire de ses critiques. Ils se gardent bien de se réclamer de l’héritage de ce révolutionnaire devenu réactionnaire. Pour beaucoup, ses inclinations pédophiles, avouées en 1975 sur un plateau de télévision sous l’effet d’un “gâteau au hash” (2) représentent le summum de la corruption du monde politique.
Cet exemple va au-delà de la simple anecdote. Les Gilets Jaunes sont une réaction à l’idéologie libérale-libertaire que le mouvement de 68 a répandu dans la société française. Les médias s’en sont saisis pour alimenter l’image d’un mouvement de “ploucs de la campagne”. Analyser qui a tort et qui a raison mériterait un texte en soi, et ce n’est pas notre propos ici-même. Rappelons-nous toutefois qu’il fut un temps où l’on vantait le “bon sens paysan”…
Du coup, en admettant que Mai 68 soit un mauvais exemple pour établir un parallèle avec les Gilets Jaunes, j’ai décidé de remonter plus loin dans le temps. Un saut de 170 ans pour être précis…
2/ Le contexte des révolutions de 1848
Les révolutions qui ont secoué une bonne partie des nations européennes au cours des années 1848 et 1849 présentent de nombreuses similitudes avec le mouvement des Gilets Jaunes. Marx et Engels analysent cette révolution comme “l’acte de naissance de l’indépendance du mouvement ouvrier”. Commençons par rappeler le contexte social, économique et politique dans lequel elles se sont produites.
En 1845 et 1846, une épidémie de mildiou a détruit une bonne partie des récoltes de pomme de terre. L’irlande et l’Ecosse ont connu des famines qui sont restées dans l’Histoire. Les récoltes de céréales furent également touchées par les maladies (Bohême, Moravie, Prusse) et des catastrophes climatiques (crues de la Loire et de la Nièvre). Au cours des années 1846 et 1847, des émeutes de la faim ont précédé les soulèvements de 1848. Rien qu’en France, on en a recensé 400 au cours de ces deux années.
De plus, l’année 1847 a vu la naissance d’une crise économique sévère. Elle a été provoquée par un krach boursier, résultat de l’explosion d’une bulle spéculative sur le chemin de fer.
En France, l’exode rural massif a été une conséquence de la fin du féodalisme après 1789, et de la Révolution Industrielle. Les villes étaient surpeuplées et insalubres. Une montée sans précédent du chômage, provoquée par cette crise économique, a renforcé la misère des citadins et mis le feu aux poudres.
Le féodalisme existait encore en Europe centrale et orientale. D’ailleurs, en Gallice, le pouvoir impérial a instrumentalisé le ressentiment de la paysannerie contre les propriétaires terriens pour créer une force contre-révolutionnaire. Les aristocrates polonais et ukrainiens, qui protestaient contre la tyrannie des Habsbourg, furent ainsi massacrés par leurs serfs en 1846.
Les années 40 ont également vu la popularisation de nouvelles idées, notamment à travers l’essor de la presse. Des journaux d’opinion apparaissent, véhiculant des idéaux démocratiques et républicains. Ils font l’éloge du suffrage universel (pour les hommes, uniquement). Ils propagent une idéologie libérale, avec des lignes éditoriales en faveur de la République, de la laïcité, de la liberté d’expression.
Karl Marx et Friedrich Engels ont publié en 1848 le Manifeste du Parti Communiste, qui a permis aux révolutionnaires d’ajouter une thématique de lutte des classes à leurs revendications libertaires.
Cette période a également vu une montée des nationalismes dans l’Empire des Habsbourg. A cette époque, l’Autriche régnait sur une mosaïque qui se composait d’Italiens (Lombardie, Piémont, Vénétie), de slaves (serbes, croates, tchèques, slovaques, polonais, ukrainiens), de hongrois et de roumains (transylvanie et moldavie). Ces peuples revendiquaient leur autonomie linguistique, culturelle et parfois politique (Danois du Schleswig-Holstein, Polonais et Ukrainiens de Gallice, Grecs, Roumains et Bulgares de l’empire Ottoman).
3/ Chronologie du “Printemps des Nations” et des événements français
Le premier soulèvement a lieu en Janvier 1848, en Sicile. Les monarques sont chassés du trône, une constitution et une République voient le jour. 16 mois plus tard, malheureusement, les Bourbons reprennent le pouvoir. La République et sa constitution sont abolis. Il faudra que les Siciliens attendent 1860 et Garibaldi pour voir la monarchie disparaître pour de bon sur leur île.
Le mois suivant, en Février 1848, la France se soulève contre la Monarchie de Juillet, suite à la suppression de la “campagne des banquets”. Louis-Philippe abdique rapidement, et la seconde république est instituée le 24 février. Louis-Napoléon Bonaparte, qui avait publié un pamphlet contre la pauvreté, est élu Président. Les socialistes menés par Louis Blanc lancent un plan de grands travaux pour lutter contre le chômage appelé “ateliers nationaux”. Cette mesure se voit farouchement opposée par les conservateurs, qui protestent contre son coût. Un nouvel impôt est créé pour financer ce programme, mais il servira en réalité à rembourser les aristocrates lésés par l’institution de la République. Les élections d’Avril voient les socialistes obtenir une minorité de sièges au parlement, à cause du vote rural. Ceux-ci sont en effet uniquement soutenus par la population ouvrière de Paris. Les ateliers nationaux seront donc finalement abolis en Juin, ce qui provoquera un nouvel embrasement de violence dans la capitale. Alexis de Tocqueville présente les journées de juin comme « la plus grande et la plus singulière [insurrection] qui ait eu lieu dans notre histoire et peut-être dans aucune autre ».
La répression sanglante qui mettra fin aux “journées de juin” conduira à une désaffection populaire pour la République. Cela facilitera le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851 et l’instauration du Second Empire un an plus tard. Sur le coup, les chroniqueurs marxistes et républicains ont réduit l’insurrection de Juin à une simple “émeute de la faim” et une expression de la lutte des classes. Mais des historiens plus récents (Samuel Hayat, Sylvie Aprile) y voient plutôt le peuple se levant pour défendre une certaine idée de la République. Au début du 20e siècle, Jacques Bainville abonde dans le même sens dans son Histoire de France : “La République que les insurgés avaient proclamée, c’était la République démocratique et sociale.”
En Mars, les révoltes se propagent au monde germanique qui occupe une majorité non négligeable du continent, depuis le Rhin jusqu’aux frontières russes et ottomanes. Les classes populaires et moyennes des villes s’unissent aux étudiants pour revendiquer plus de libertés. Mais le pouvoir saura exploiter les différents nationalismes pour créer des conflits ethniques qui éviteront l’unification des mouvements hors de leur sphère régionale. Ils sauront également faire imploser le mouvement en opposant les revendications de la classe ouvrière et de la bourgeoisie. Les révoltes prendront fin au cours de l’année 1849, et les républicains émigreront en masse aux Etats-Unis. Cet afflux d’Irlandais fuyant la famine, et d’Allemands fuyant les persécutions politiques, alimentera la Ruée vers l’Or de 1849. L’influx de métaux précieux en résultant relancera l’économie mondiale et mettra fin à la crise entamée en 1847.
4/ Résultats de ces Révolutions.
Ces révolutions auront quelques effets positifs. Le féodalisme sera aboli en Prusse et en Autriche en 1850. En France, la seconde République instaurera le suffrage universel masculin, et abolira l’esclavage dans les colonies françaises. La condition des classes moyennes citadines et rurales s’améliorera notablement dans l’ensemble de l’Europe. Au Danemark, la monarchie absolue sera remplacée par un système de monarchie parlementaire toujours en vigueur. La monarchie constitutionnelle établie aux Pays-bas après la défaite de Napoléon réformera la constitution pour introduire la notion de responsabilité gouvernementale. Les Hongrois obtiendront une autonomie accrue au sein de l’Empire Autrichien.
Mais ces Révoltes amèneront aussi un renforcement de la censure et de la répression politique en Europe centrale et orientale. Si, dans certaines monarchies germaniques et dans l’Empire des Habsbourg, ces révoltes conduiront les nobles à perdre certains de leurs privilèges, ceux-ci verront leurs avantages revenir progressivement au cours des années suivantes. Ce grand vent de liberté qui a balayé l’Europe se soldera donc par un échec pour les peuples et leurs idéaux libertaires.
Autre effet pervers de ces soulèvements, ils amèneront une poussée de l’antisémitisme qui culminera en fin de siècle avec l’Affaire Dreyfus. Etant donné que de nombreux intellectuels et révolutionnaires étaient juifs, les pouvoirs en place accentuèrent leurs persécutions sur ces éternels boucs-émissaires. Et le peuple se joignit également à la curie, à cause de pamphlets dénonçant le rôle des banquiers juifs dans le marasme économique. On verra notamment l’émergence d’une théorie encore contestée de nos jours sur l’origine de la fortune de la famille Rothschild. Ils auraient acquis la bourse de Londres à bas prix, en relayant des fausses rumeurs lors des guerres Napoléoniennes, à en croire un certain “Satan”. L’influence de la banque Rothschild dans la loi de 1973 qui a fait exploser la dette française, et le passage d’Emmanuel Macron dans cette banque sont connus de tous. Espérons donc que les Gilets Jaunes auront la clairvoyance de ne pas faire d’amalgames racistes…
En France, la répression des journées de Juin aura des conséquences à long terme sur l’idée de République, à en croire l’historien Samuel Hayat. Pour lui, ils représentent plus qu’une lutte fratricide entre les classes populaires de Paris et les milices au service des bourgeois. “Elles marquent l’événement fondateur de la République comme règne de l’élection”, écrit-il. Les révolutionnaires parisiens, semble-t-il, voyaient la République comme l’émanation de la voix du peuple et comme promesse d’émancipation. Après la proclamation de la Seconde République, une partie des parlementaires et des membres du gouvernement provisoire souhaitait repousser les élections, fixées au mois d’Avril. L’enjeu était de laisser le temps au peuple de province de s’éduquer aux idéaux républicains et de s’informer des idées des différents courants de pensée politiques de l’époque. Le but était de permettre au peuple de voter en connaissance de cause. Car, en dehors de la capitale, l’opinion était aux mains des notables et des nobles.
Effectivement, le scrutin d’Avril vit les socialistes, qui portaient la voix du bas-peuple ouvrier et agricole, obtenir le plus petit nombre de sièges. Les conservateurs remportèrent une majorité confortable avec 500 sièges. Ils représentaient les intérêts de la bourgeoisie et étaient soutenus par les notables de Province. Le second parti, avec 300 sièges, fut celui “de l’Ordre”, en vérité les monarchistes. Aux élections législatives suivantes, les monarchistes remportent la majorité, ce qui contribuera à l’atmosphère délétère qui conduira, 3 ans plus tard, au coup d’état de Napoléon III.
Lorsque Louis Blanc fut porté au gouvernement provisoire en février, il avait déclaré que le travail était un droit, et avait donc créé les Ateliers Nationaux afin de mettre la population désoeuvrée au boulot. C’est cette idée d’une République sociale, apportant au peuple l’émancipation par le travail, que défendaient les insurgés de Juin.
En forçant la tenue d’élections le plus tôt possible, c’est un idéal au service des bourgeois et de l’aristocratie qui aura prévalu dans la Seconde République. L’influence de ce courant de pensée est toujours présent. Alors que M.Macron totalise moins de 20% d’opinion favorables, il invoque les résultats de l’élection de Mai 2017 pour renforcer une légitimité contestée par le peuple.
5/ Points communs avec la situation actuelle
Les points communs entre 1848 et 2018 sont si nombreux qu’il est presque troublant que personne n’ait encore songé à faire ce parallèle.
Tout d’abord, les années 1840 ont vu un essor de la presse qui a permis aux populations urbaines de s’informer et de s’ouvrir à de nouvelles idées. De nos jours, nous assistons à l’éclosion de nouveaux médias, grâce à internet. Les organes de presse traditionnelle, appartenant à de grands groupes industriels, relaient une vision du monde biaisée et uniforme. Mais internet permet aux idées allant à l’encontre de ce discours d’avoir droit de cité en marge du débat public. Ces idées, même si elles ne sont pas toujours étayées par des preuves solides, ont une incidence indéniable sur la pensée populaire.
Ensuite, la fin des années 1840 a vu une baisse notable du pouvoir d’achat des classes laborieuses et des classes moyennes. Les mauvaises récoltes de blé et de pommes de terre entre 1845 et 1849 ont vu une hausse du prix des denrées alimentaires de base. Le krach boursier de 1847 a amplifié ce problème. La crise économique a également entraîné une augmentation du chômage et une baisse de la natalité accompagnée d’une hausse de la mortalité. Un sentiment de peur sociale a gagné la population et les dirigeants se sont retrouvés impuissants à y faire face. Ce contexte socio-économique ressemble à s’y méprendre à la situation actuelle.
Une majorité des nations européennes était encore sous le joug du féodalisme rural en 1848. Le système actuel peut être qualifié de néo-féodalisme urbain et technocratique (cf. chapitre 8). C’est pourquoi on retrouve, à 170 années d’écart, une révolte populaire qui dénonce les privilèges d’une certaine classe et l’injustice sociale et fiscale qui les accable. Une révolte populaire qui gagne petit à petit l’ensemble de l’Europe et même quelques pays limitrophes (Tunisie, Canada, Israël…).
On constate à l’heure actuelle une résurgence du repli sur soi et un besoin de revendiquer leur culture chez la plupart des nations européennes. Il y a deux raisons à cette résurgence. Tout d’abord, les peuples ont peur de voir leur culture se diluer dans la mondialisation et surtout dans l’Union Européenne. D’autre part, la crise des migrants a amené certains politiciens et médias à dénoncer une colonisation du continent par l’islam. En 1848, les nations d’Europe centrale, orientale et d’Italie du Nord étant annexées par les empires germaniques (Prusse, Autriche) et Ottoman. Cette montée des revendications d’autonomie culturelle se retrouvait également à cette époque, dans un contexte de domination impériale.
En France, une des causes du mouvement des Gilets Jaunes vient de la crise de la représentation que nous connaissons, et qui a vu le vote blanc et l’abstention gagner du terrain de façon alarmante. En 1848, en France, la situation était étonnamment similaire.
Tout d’abord, le suffrage censitaire en vigueur durant la Monarchie de Juillet était remis en cause. La “campagne des banquets”, notamment, dont l’annulation a causé la révolte de Février et la chute de la Monarchie de Juillet, a vu le débat sur le suffrage universel masculin gagner en importance. De nos jours, on voudrait que le scrutin prenne en compte le vote blanc protestataire, “premier parti de France” aux élections de 2017.
Le Roi Louis-Philippe était perçu comme “déconnecté” par le peuple. On l’accusait de favoriser une petite élite aristocratique au dépens de la majorité. La bourgeoisie dénonçait les privilèges des aristocrates et la répression que ceux-ci exerçaient sur le peuple.
De plus, divers scandales impliquant des notables d’influence locale et nationale ont achevé de discréditer le régime en place aux yeux de la population dans les années précédant la Révolution de 1848. De nos jours, des affaires de plus en plus nombreuses secouent le monde politique dans son ensemble (Fillon, Sarkozy, Balkany, Strauss-Kahn, Le Pen, Mélenchon…) et la Macronie en particulier. En effet, outre l’affaire Benalla, les ministres Ferrand, Darmanin, Saal, Penicaud, Attal et Nyssen ont été l’objet de scandales, ébranlant l’image de “République Exemplaire” que souhaitait donner le nouveau Président.
Sans savoir que leurs revendications trouvent leurs origines dans le scrutin d’Avril 1848, les Gilets Jaunes veulent remettre en cause la sacro-sainte institution de l’élection. Ils veulent instituer la possibilité de révoquer les mandats des élus ne donnant pas satisfaction à leurs administrés.
La volonté d’améliorer la démocratie qui animait les révolutionnaires de 1848 se retrouve aussi chez les Gilets Jaunes. La mesure qu’ils préconisent pour y parvenir est l’inscription du Référendum d’Initiative Citoyenne en toutes matières dans la Constitution. Ils voudraient aussi que des citoyens tirés au sort participent activement à la vie politique et à l’élaboration des lois au travers d’une Assemblée Citoyenne remplaçant le Sénat.
Dernier point, les Révolutions de 1848 ont vu s’unir les classes populaires et bourgeoises. C’est aussi le cas de la Révolte des Gilets Jaunes qui rassemble une majeure partie des classes basses et moyennes de la société française. Autre point commun à noter, la Révolution de Février et les Journées de Juin furent des mouvement sans chefs, spontanés, horizontaux et anonymes.
6/ Les leçons de l’Histoire
La révolution de 1848 montre que, malgré tous ses efforts, le peuple aura toujours du mal à véritablement changer les choses. Ceci est d’ailleurs confirmé par la sémantique. Voici en effet l’une des définitions données par le Larousse pour ce terme. Révolution : “Mouvement d’un objet autour d’un point central, d’un axe, le ramenant périodiquement au même point.”
C’est pourquoi l’activiste Etienne Chouard a donné le conseil suivant aux bloqueurs de rond-points : “Il ne faut pas une révolution, mais une évolution”.
Certains Gilets Jaunes ont su tirer les leçons du mouvement de Mai 68. Pour eux, ce fut un échec sur le long-terme car les manifestants se sont attaqués à la partie émergée de l’iceberg. Cette fois-ci, plutôt que de simplement revendiquer plus de pouvoir d’achat, il faut réformer les institutions pour créer une démocratie véritable. Une démocratie où, lorsque 80% de l’opinion soutient une idée, il ne faut pas des émeutes violentes et un délai de 4 semaines au gouvernement pour en tenir compte. Le discours d’Emmanuel Macron du 10 décembre montre bien que la réponse politique actuelle n’est plus adaptée aux attentes des citoyens. Ils se contentent de lâcher quelques miettes et de vagues promesses lorsque le peuple se soulève pour défendre ses intérêts. C’est pourquoi leurs revendications ont évolué pour demander un véritable gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple.
Les révolutions ne fonctionnent pas car les forces politiques sont au service des puissances de l’argent, pas du peuple. C’est pourquoi ils grignotent lentement les avantages sociaux que nous avons arraché par la lutte, en 1936, en 1946, et en 1968. L’argent émousse les convictions des révolutionnaires les plus endurcis, et finance la répression qui bâillonne ceux qui se lèvent pour défendre des lendemains qui chantent.
Les “journées de juin” furent réprimées de manière exceptionnellement sanguinaire. On estime le nombre de morts civils entre 25000 et 30000, dont plusieurs exécutions par fusillade effectuées sans procès. Le pouvoir en place a parlé en 1848 de “rétablissement de l’Ordre Républicain”. Un terme qui revient souvent à la bouche du gouvernement, en ce moment. Comprendra qui voudra…
Etienne Chouard a raison, il ne faut pas une révolution. Il faut une évolution. Malheureusement, Darwin vous le confirmera, c’est un processus d’une lenteur inouïe. Il y a donc fort à parier que notre situation ne changera pas de sitôt. Mais la graine est plantée. Et un jour, on peut espérer qu’elle finira par germer.